Droit de réponse 1983...
"Une espèce de leader (rire étouffé). Je suis le contraire d'un leader moi, j'emmerde les leaders." (Coluche)
Etonnant, non ?
Le dernier G20 de Toronto a permis aux pays les plus industrialisés du monde de fixer un prochain rendez-vous sur un agenda et de dépenser un milliard d'euros pour l'organisation de cet événement.
Fermeture de l'Exo 7, ouverture de Lexomil.
L'Exo 7 a fermé ses portes tôt ce matin et nous y étions, pleins de ferveur et de nostalgie. Comme les gens aiment venir aux enterrements, il y avait cette fois-ci beaucoup de monde, une faune assez hétéroclite qui a attendu de longues minutes avant d'entrer. A l'intérieur, tous les DJ qui ont participé à l'aventure de ce lieu ont défilé aux platines, ranimant pour quelques heures la flamme du rock sur la rive gauche. Mais c'est fini. Certes, il y aura le Trianon à Sotteville-lès-Rouen. Hélas, pour intéressante qu'elle soit, sa programmation n'est pas spécifiquement rock. Alors voilà... quand il s'agira d'écouter du bon gros son commercial, on pourra s'entasser dans la bonbonnière, payer sa place à 45 euros, rentrer sagement comme des moutons en se disant qu'on a passé une bonne soirée calibrée. Plus d'artistes inconnus à découvrir, que des têtes d'affiche drapées dans leur morgue. Et l'on se souviendra qu'à l'Exo on a vu éclore les Clash, les Cure, Noir Désir, l'inoubliable Jeff Buckley dont le fantôme a plané sur la piste... les plus jeunes auront applaudi Matmatah et plus récemment Benjamin Biolay. Pour sa part, votre serviteur se souvient d'un mémorable groupe de britpop Cast, en 1996. Hystériques, nous le sommes devenus quand "History" a grésillé dans toute la salle.
Merci à l'Exo 7, merci à tous ceux qui ont animé nos nuits et nos vies...
De Gaulle
Les mémoires de guerre au programme du bac, et ça y est. Ca pousse des cris d'horreur à gauche. En ce qui concerne la mise en perspective historique, je ne sache pas que les élèves n'aient jamais entendu parler de la seconde guerre mondiale. Ils l'ont abordée en troisième et la revoient en première. Pour ce qui est de la qualité littéraire, le style de De Gaulle ne se discute pas. Il s'inscrit dans la tradition des mémorialistes. La vigueur de son verbe, la flamboyance de sa syntaxe, l'ardeur de son propos justifient qu'on l'étudie, indépendamment de ce qu'on peut penser de l'homme. Il n'est, pour s'en convaincre, que de relire l'un des plus célèbres passages qui relate l'arrivée du général aux Champs-Elysées. Quel homme politique écrirait ainsi aujourd'hui ?
"Au cours de la matinée, on me rapporte que de toute la ville et de
toute la banlieue, dans ce Paris qui n'a plus de métro, ni d'autobus,
ni de voitures, d'innombrables piétons sont en marche. A 3 heures de
l'après midi, j'arrive à l'Arc de triomphe. Parodi et Le Troquer,
membres du gouvernement, Bidault et le Conseil national de la
Résistance, Tollet et le Comité parisien de la libération, des
officiers généraux Juin, Koenig, Leclerc, d'Argenlieu, Valin, Bloch
Dassault, les préfets : Flouret et Luizet, le délégué militaire Chaban
Delmas, beaucoup de chefs et de combattants des forces de l'intérieur,
se tiennent auprès du tombeau. Je salue le Régiment du Tchad, rangé en
bataille devant l'Arc et dont les officiers et les soldats, debout sur
leurs voitures, me regardent passer devant eux, à l'Étoile, comme un
rêve qui se réalise. Je ranime la flamme. Depuis le 14 juin 1940, nul
n'avait pu le faire qu'en présence de l'envahisseur. Puis, je quitte
la, voûte et le terre plein. Les assistants s'écartent. Devant moi, les
Champs Élysées !
Ah ! C'est la mer l Une foule immense est massée de part et d'autre de
la chaussée. Peut être deux millions d'âmes. Les toits aussi sont noirs
de monde. A toutes les fenêtres s'entassent des groupes compacts, pêle
mêle avec des drapeaux. Des grappes humaines sont accrochées à des
échelles, des mâts, des réverbères. Si loin que porte ma vue, ce n'est
qu'une houle vivante, dans le soleil, sous le tricolore.
Je vais à pied. Ce n'est pas le jour de passer une revue où brillent
les armes et sonnent les fanfares. Il s'agit, aujourd'hui, de rendre à
lui même, par le spectacle de sa joie et l'évidence de sa liberté, un
peuple qui fut, hier, écrasé par la défaite et dispersé par la
servitude. Puisque chacun de ceux qui sont là a, dans son coeur, choisi
Charles de Gaulle comme recours de sa peine et symbole de son
espérance, il s'agit qu'il le voie, familier et fraternel, et qu'à
cette vue resplendisse l'unité nationale. Il est vrai que des états
majors se demandent si l'irruption d'engins blindés ennemis ou le
passage d'une escadrille jetant des bombes ou mitraillant le sol ne
vont pas décimer cette masse et y déchaîner la panique. Mais moi, ce
soir, je crois à la fortune de la France. Il est vrai que le service
d'ordre craint de ne pouvoir contenir la poussée de la multitude. Mais
je pense, au contraire, que celle ci se disciplinera. Il est vrai qu'au
cortège des compagnons qui ont qualité pour me suivre se joignent,
indûment, des figurants de supplément. Mais ce n'est pas eux qu'on
regarde. Il est vrai, enfin, que moi même n'ai pas le physique, ni le
goût, des attitudes et des gestes qui peuvent flatter l'assistance.
Mais je suis sûr qu'elle ne les attend pas.
Je vais donc, ému et tranquille, au milieu de l'exultation indicible de
la foule, sous la tempête des voix qui font retentir mon nom, tâchant,
à mesure, de poser mes regards sur chaque flot de cette marée afin que
la vue de tous ait pu entrer dans mes yeux, élevant et abaissant les
bras pour répondre aux acclamations. II se passe, en ce moment, un de
ces miracles de la conscience nationale, un de ces gestes de la France,
qui parfois, au long des siècles, viennent illuminer notre Histoire.
Dans cette communauté, qui n'est qu'une seule pensée, un seul élan, un
seul cri, les différences s'effacent, les individus disparaissent.
Innombrables Français dont je m'approche tour à tour, à l'Étoile, au
Rond Point, à la Concorde, devant l'Hôtel de Ville, sur le parvis de la
Cathédrale, si vous saviez comme vous êtes pareils ! Vous, les enfants,
si pâles qui trépignez et criez de joie ; vous, les femmes, portant
tant de chagrins, qui me jetez vivats et sourires; vous, les hommes,
inondés d'une fierté longtemps oubliée, qui me criez votre merci ;
vous, les vieilles gens, qui me faites l'honneur de vos larmes, ah !
comme vous vous ressemblez ! Et moi, au centre de ce déchaînement, je
me sens remplir une fonction qui dépasse de très haut ma personne,
servir d'instrument au destin.
Pétage de plombs
Les journalistes se mettent à courser la bagnole de Thierry Henry... c'est la dernière connerie de cet invraisemblable imbroglio médiatico-polito-sportif où chacun animé de haine ou d'indulgence cède à la furie et à l'intempérance. Quel sera le prochain fait d'arme à signaler ? Un hélicoptère au-dessus de la maison de Domenech ? Il est vraiment temps que tout le monde prenne des vacances, réalise que le football n'est qu'un jeu et se lave la figure à l'eau froide pour se demander si ce cirque en vaut la peine. Honte à la connerie de certains footballeurs qui ne savent pas aligner deux phrases et trois passes... et les humoristes d'aujourd'hui, ils sont où pour foutre un coup de pied dans la fourmillière ? On est encore obligés de convoquer les morts pour la circonstance.
Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de boeufs éteints. Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grand coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ?
Pierre Desproges.
Matisse
De ma fenêtre, le matin, je voyais la serrure d'une porte qui engloutissait la mer et mon autre aspiré, prisonnier d'un monde trop bleu, finissant par céder à son propre reflet, comme si la saison où le rouge s'ennuie naissait et se perdait. Et chaque fois, chaque matin, je parvenais à effacer ce qui restait de moi. Je m'absorbais dans l'été, je devenais un spectre aux mille couleurs, un son qui n'aurait jamais été inventé, une espérance nourrie au coeur de l'hiver. Quelque part au creux de vous qui passiez, contingente, affairée, je creusais mon nid pour y mettre un rire, à nulle autre pareille, et qui, affolant vos vêtements, vibrait et mourait dans un hoquet. Et pourtant, chaque matin, devant cette mer lustrée par le vent, vous marchiez indifférente à tout, sans même un regard pour cette part de moi-même qui ne demandait qu'à sortir du cadre...
Stéphane Guillon
Stéphane Guillon a été viré de France Inter, comme Didier Porte. Beaucoup plus pour le contenu de ses billets, souvent des attaques ad hominem, que pour le talent de son écriture. Il ne faut pas trop le plaindre, il va bosser avec le très subversif Ardisson et pourra exhiber sur sa carte de visite un titre de gloire, en se faisant passer pour un trublion de première.
Damien Saez "J'accuse"
"J'akkeuze". Une femme dans un caddie et Damien Saez qui joue son petit Cantat à deux balles, jusqu'à la voix nasillarde. C'est mal écrit, vulgaire, d'une naïveté confondante : "L'homme descend pas du singe, il descend plutôt du mouton". A vous faire regarder TF1 tous les soirs par vengeance.
Jacques Attali dit vrai.
Au lendemain du match perdu contre le Mexique, après les insultes et les palinodies pathétiques des joueurs, des entraineurs et des dirigeants français, on a eu droit aux simagrées de la classe politique, expliquant que, malgré tout, il fallait espérer en la victoire des Bleus, et que, d'ailleurs, il leur restait une petite chance.
Une petite chance de quoi? De voir ces médiocres, arrivés en Afrique du Sud en trichant, restés en s'insultant les uns les autres, passer un peu plus de temps dans les palaces locaux aux frais de la Fédération, c'est-à-dire, au bout du compte, aux frais des contribuables français?
Pas question: je souhaite leur défaite le mardi 22 juin contre l'Afrique du sud.
Une telle phrase résonne évidemment de façon épouvantable. Elle rappelle, pour qui a un peu de culture historique, le terrible discours du traitre Pierre Laval, qui, le 22 juin 1942, avait dit: «je souhaite la victoire de l'Allemagne». Parce que, disait-il, le nazisme protégerait notre pays du communisme, seul danger à ses yeux.
La situation est évidemment totalement différente et on peut l'employer sans risque d'être accusé de trahison. D'abord parce qu'il s'agit d'un jeu et non de la servitude. Ensuite parce que les Sud-Africains, dont je souhaite la victoire, sont des modèles de démocratie. Enfin parce que je ne me sens pas représenté par ces gens là, dont la défaite aurait, pour moi, trois avantages.
D'abord, elle nous débarrasserait de tous ces médiocres, (joueurs, entraineurs, et dirigeants ), qui, ayant construit une équipe indigne de porter le maillot bleu, devraient avoir ensuite la décence de démissionner sans attendre d'être virés.
Ensuite, elle donnerait une ultime joie aux Sud-Africains, qui font tant d'efforts pour bien recevoir leurs hôtes, qui ont dépensé des fortunes pour que les gens riches venus d'Europe ne manquent de rien, qui se sont sacrifiés pour pouvoir supporter leurs joueurs, qui, eux, jouent à fond chacun de leurs matchs.
Enfin, parce qu'elle fonctionnerait comme un signal d'alarme et permettrait de réfléchir, au-delà du football, à ce travers français, qui consiste à vivre sur ses acquis, à se contenter de ses gloires antérieures, à ne pas comprendre que tout est sans cesse remis en cause, que la gloire est le pire ennemi de la puissance. Et la nostalgie le pire poison de l'avenir.
Tout a commencé avec le lamentable coup de boule de Zidane. Tout a continué avec la honteuse tricherie de Henry. Déjà, on aurait du sévir. Rien, ni alors, ni maintenant.
Rien n'est plus triste que de voir ministres, dirigeants de l'opposition, qui se disputent sur tout, s'unir pour souhaiter, une fois de plus, la survie provisoire de l'illusion française. Comme on les voit, ailleurs, s'obstiner à ne pas parler des vrais enjeux économiques, géopolitiques, technologiques du pays, jusqu'à ce que ceux-ci nous rattrapent.
Puisse une élimination honteuse de cette équipe pitoyable lors de cette Coupe du Monde de football nous réveiller et nous pousser à tout faire pour ne pas subir une autre élimination, bien plus terrible encore, dans le gigantesque affrontement géopolitique, dont nous vivons aujourd'hui en spectateur les commencements.
Jacques Attali
Hystérie
La prochaine élimination de l'équipe de France rend tout le monde à peu près fou. C'est dire à quel point ce sport -que j'aime pourtant- suscite une hystérie collective qui dépasse ce qu'on peut imaginer. Il reviendrait au président de ce pays de calmer le jeu et de rappeler à tout le monde que le football n'est qu'un divertissement et qu'il n'a pas à être évoqué au cours d'un voyage diplomatique. Mais non. Tous entrent dans la danse, tous ont un avis à exprimer. Le pouvoir de ce sport est quasi hypnotique : pas un politicien n'osera avouer qu'il s'en fout, qu'il y a des problèmes bien plus importants que les injures d'Anelka, qu'on devrait laisser la place aux autres disciplines sportives où les Français se sont illustrés (pauvres handballeurs qui ont tout raflé et que le peuple ignore). Je pense qu'au-delà des protestations, il devient urgent de s'interroger sur une société qui se préoccupe beaucoup plus de onze bonhommes qui courent après un ballon que de son propre avenir politique.
